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01 mai 2018

Entreprise Contributive : Rencontre avec Fabrice Bonnifet

Le 20 mars dernier, nous recevions au 3 rue du Louvre Fabrice Bonnifet, directeur Développement Durable & QSE du groupe Bouygues. 

Rencontre 3 rue du Louvre du 20 mars

Fabrice Bonnifet est lui-même acteur de la transition à travers le Collège des Directeurs du développement durable(C3D) dont il est Président. Il vient de lancer avec Céline Puff de Looksharp une plateforme invitant les internautes à partager avec la communauté leurs témoignages, leurs idées, leurs opinions sur l’entreprise contributive !

QU’EST-CE QU’UNE ENTREPRISE CONTRIBUTIVE ?

« Valeurs, profits, bien-être : passons du plus au mieux ! »,peut-on lire en tête de la Plateforme collaborative sur l’entreprise contributive.L’entreprise génère des externalités négatives, à la fois sociales(précarité, inégalités, violation des Droits de l’Hommes, etc) et environnementales(émissions de Gaz à Effet de Serre, pollution et destruction des écosystèmes, etc), tout au long de son cycle d’activité et du cycle de vie de ses produits/services.

Or« Il n’y a pas d’entreprise qui gagne dans un monde qui perd »,comme le souligne régulièrement Patrick D’Humières, fondateur de l’Académie Durable. Comment créer de la valeur en découplant croissance économique et consommation des ressources ? Comment faire évoluer notre paradigme actuel du « toujours plus » pour maximiser le bien-être de l’individu sans passer par l’économie de la possession ?

L’entreprise ne peut plus se contenter de réduire ses impacts, elle est invitée à aller au-delà et à « faire du bien ». Le défi pour les entrepreneurs, est de créer de la valeur partagée pour les clients, les actionnaires, les collaborateurs, la société civile, au travers de business model générant des externalités positives (améliorer la qualité de vie et la santé des personnes, réduire les inégalités, régénérer les écosystèmes, etc). L’entreprise contributive a l’ambition de transformer chacun de ses impacts sociaux et environnementaux pour qu’ils soient net positifs.

LE CAS DU GROUPE BOUYGUES

20 MARS

Les étapes de la construction traditionnelle sont l’extraction, la construction, l’exploitation, la démolition. Elles ont de lourds impacts (émissions de CO2, consommation d’énergie, biodiversité, matériaux, nuisances, déchets, etc.). Ce modèle économique « linéaire » n'est pas durable et Bouygues cherche à le faire évoluer en s’inspirant de nouveaux repères (économie circulaire, expérience client, numérique, etc).  

Pour imaginer le modèle de demain, le Groupe a mobilisé des équipes dédiées, coachées, travaillant en méthode agile et dotées de compétences sur les nouveaux sujets (ACV, smartgrids…). Elles se sont inspirées du «  Business Model Canvas » une réflexion qui permet un centrage sur les besoins réels des clients et qui intègre davantage la notion de parties prenantes.

Parmi les constats partagés : les bâtiments aujourd’hui sont des centres de coûts, ils sont monofonctionnels, ils ne sont pas conçus pour la déconstruction, ils sont indépendants des infrastructures connexes (transport) et peu réversibles.

Le Groupe vient de lancer les premiers BHEP,bâtiments hybrides à économie positive, qui sont des centres de profit. Il s’est agi, entre autres, d’améliorer la gestion fonctionnelle des espaces. De même que le secteur aérien s’applique le yield management (optimisation du remplissage), le secteur du bâtiment doit chercher à maximiser l’exploitation de la surface du tertiaire en dehors du temps de travail : ouvrir les bâtiments à d’autres usages aux heures de fermeture des bureaux, produire et vendre des flux physiques, s’appuyer sur le community management, valoriser les matériaux en phase de démolition, prévoir la réversibilité, …

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COMMENT PROGRESSER VERS L’ENTREPRISE CONTRIBUTIVE ?

Fabrice Bonnifet a tenu à rappeler que la transition vers l’entreprise contributive nécessite avant tout unetransformation culturelle. Il a cité James Gustave Speth, President de la Task Force Global Resources and Environment

« Avant je croyais que les plus grands défis auxquels devait répondre la RSE étaient les inégalités, la perte de biodiversité, l’effondrement des écosystèmes et le changement climatique. Je croyais qu’on pouvait résoudre ces problèmes avec des progrès scientifiques. Mais, j’avais tort. Les plus grands défis de la RSE sont l’égoïsme, la cupidité et l’apathie...  et pour y faire face, il nous faudra une transformation spirituelle et culturelle ».

Cette transition ne se fera pas non plus dans unemutation en profondeur du management,dont Fabrice Bonnifet a rappelé quelques clés de succès :

  • Un pré-requis : convaincre le management de la nécessité de mettre l’entreprise au service du bien commun.
  • Utiliser l'intelligence collective et instaurer les conditions du Bonheur au travail : libérer l’entreprise, passer du management par les chiffres pour les chiffres au management par les hommes pour les hommes,
  • Favoriser une saine concurrence entre salariés par la mise en place de modes de management par les compétences et non plus par le niveau de diplôme, etc.
  • Avoir « l’amour des clients » (un client comblé, c’est mieux qu’un client satisfait)
  • Innover dans la façon d’innover : utiliser le design thinking par exemple
  • Appliquer l'amélioration continue comme ligne de conduite :
  • Accueillir les problèmes : ils sont source d’amélioration !

En bref, l’entreprise contributive est celle qui« saura concilier profits, sens et conscience »,l’autre« ne sera tout simplement plus désirable » (F. Bonnifet).

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